Un président ne devrait pas dire ça...

Davet, Gerard ; Lhomme, Fabrice

 

Aux cinquante dernières années. Aux cinquante prochaines.

Aux souvenirs. À ma famille.

G.D.

 

À Françoise Lhomme, née Laurence, ma maman adorée, disparue soudainement le 7 juillet 2016, me laissant totalement inconsolable.

À André Lhomme, mon papa, si courageux…

F.L.

 

 

Hélas ! Combien de temps faudra-t-il vous redire

À vous tous, que c’était à vous de les conduire,

Qu’il fallait leur donner leur part de la cité,

Que votre aveuglement produit leur cécité ;

D’une tutelle avare on recueille les suites,

Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.

Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,

Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;

Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.

Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte.

Victor Hugo

 

 

PRÉFACE


Cela devait arriver. Fatalement.

L’instant redouté a fini par survenir, un soir de mai 2016. Nous venions d’annoncer à François Hollande que notre projet éditorial, entamé près de cinq ans plus tôt, allait toucher à son terme. Soudain, il nous a lancé : « Je crois qu’il faut se mettre d’accord sur les citations, dans le livre… »

Oui, il fallait s’y attendre.

L’immense majorité des personnalités publiques fonctionnent ainsi, désormais. Lorsqu’elles acceptent d’être citées, elles exigent, en contrepartie, de pouvoir relire – et donc corriger – leurs déclarations avant toute publication. Langue de bois garantie, évidemment.

L’autre solution, que les politiques proposent souvent, est de reprendre leurs propos, mais sous le couvert de l’anonymat, les fameuses citations « off ». Un procédé parfaitement déloyal – pour le lecteur, en particulier.

Sans aucune valeur, donc.

Avec François Hollande, nous avions pourtant été clairs : nous ne fonctionnons pas ainsi. De notre point de vue, lorsqu’un responsable public s’exprime, il assume. Mais on se doutait bien qu’il avait oublié – ou alors, il n’y avait pas vraiment cru. Il a fallu le lui rappeler.

« On ne fait jamais relire, on ne cite jamais de propos off », lui a-t-on donc répondu.

Et l’on a ajouté : « Si l’on vous donnait à relire, ce serait totalement décrédibilisant, et pour vous et pour nous. » On a conclu en lui rappelant que nos entretiens ayant été enregistrés, ses propos ne risquaient pas d’être déformés. Tout juste nous autoriserions-nous à corriger ses quelques fautes de syntaxe et autres maladresses d’expression.

Le président de la République, c’est tout à son honneur, n’a pas insisté.

De toute façon, c’était non négociable.

Il faut le préciser : pendant ces cinq années d’un étrange compagnonnage, le chef de l’État a totalement joué le jeu. Il n’a jamais rompu le fil de nos entretiens, même lors des périodes de tension, pendant l’affaire Jouyet-Fillon, par exemple.

Drôle de discussion. Drôle de type. Drôle de livre, en fait.

Sa genèse remonte à la fin de l’été 2011. Nous venions de publier Sarko m’a tuer, ouvrage mettant au jour le côté obscur de la force sarkozyste, alors à son apogée. Anticipant la victoire de François Hollande lors de la présidentielle à venir, nous nous étions mis dans l’idée d’enquêter, à notre façon, sur la manière dont il exercerait son futur mandat.