Sais tu pourquoi je saute ? ; la voix intérieur d'un jeune autiste de 13 ans

Higashida, Naoki

 

 

 

 

 

 

 

Qui a dit que les autistes s’enfermeraient dans une bulle ? Qu’ils seraient des êtres insensibles, indifférents au monde extérieur ? Naoki, treize ans, enfant doué d’autisme non verbal, fait trembler nos préjugés sur leurs bases, simplement en montrant une à une sur un tableau des lettres qui s’assemblent en phrases, en pages de vie.

Les autistes, en particulier non verbaux, seraient-ils déficients ? On l’a pensé durant des siècles, comme pour les sourds.

Les autistes seraient dépourvus de sentiments ? Naoki, à peine adolescent, porte déjà bien plus de sagesse que beaucoup d’autres personnes dites normales au seuil de la vieillesse.

L’autisme rend marginal ? Je n’ai su que j’étais handicapé que quand les autres me l’ont dit, explique Naoki en racontant son histoire.

Et quelle histoire ! Le petit Naoki est devenu conteur d’humanité. Laboratoire ambulant, il porte d’autres dimensions de l’expérience humaine. Son infinie délicatesse, sa justesse de ton, sa sublime clarté quand il expose sa vie quotidienne et intérieure, placent son livre hors de toutes les catégories et des cases « autiste » ou « non-autiste ».

Un livre qui me ferait presque regretter d’avoir grandi. De ne pas (ou ne plus) être suffisamment autiste. Quand Naoki explique « pourquoi je saute », c’est à se demander pourquoi le reste du monde, lui, ne saute pas du même élan du cœur.

« Je cherche la voie du bonheur… », dit Naoki. L’enfant est riche de ce que les autres nomment déficiences. Il se fait éclaireur d’humanité.

Quand il souhaite un « bon voyage dans notre monde », que lui souhaiter d’autre qu’un bon voyage dans sa fascinante vie ? Cet enfant non verbal est devenu un écrivain démiurge, tel Christophe Colomb transmuant en continent nouveau ce qui n’était que brumes et mythes confus.

Naoki est le porte-parole de la foule immense de ceux que l’on a voulu oublier sur le bord du chemin.

 

 

Josef Schovanec,


auteur de Je suis à l’est !
et d’Éloge du voyage à l’usage des autistes
et de ceux qui ne le sont pas assez

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

L’auteur de ce livre, un garçon de treize ans, invite le lecteur à se représenter la vie quotidienne d’un être humain auquel la faculté de parler a été retirée. Expliquer qu’on a faim, qu’on est fatigué, qu’on souffre devient alors impossible, au même titre qu’une discussion amicale avec un proche. Poussons un peu plus loin ce petit exercice imposé : imaginez qu’après avoir perdu votre capacité à communiquer, vous constatiez également la disparition inopinée de votre « rédacteur en chef interne », celui qui se charge d’habitude de mettre de l’ordre dans vos pensées. Il est probable que vous n’ayez jamais pris conscience, auparavant, de son existence. En revanche, maintenant qu’il est parti, vous réalisez trop tard que, pendant toutes ces années, c’est lui qui a permis à votre esprit de fonctionner correctement. Irrésistiblement, vous voici submergé par un torrent d’idées, de souvenirs, d’impulsions et de pensées en tout genre. Jusque-là, votre rédacteur en chef personnel s’occupait de contrôler ce torrent d’informations et d’en rejeter la plus grande part pour n’en conserver qu’une toute petite quantité afin de les soumettre à votre attention.