Réveille-toi ; la vie du Bouddha

Jack Kerouac

 

 

 

AVANT-PROPOS DE L’AUTEUR

 

 

Cet ouvrage suit ce que disent les soutras. Il contient des citations des écritures sacrées du canon bouddhique, tantôt reproduites telles quelles, tantôt mêlées à d’autres sources, tantôt encore concoctées à partir de mots choisis par mes soins. La trame narrative épouse la vie du Bouddha Gautama telle qu’elle est présentée dans le Buddha-Charita d’Ashvagosha et dans Life of the Historic Buddha de Narasu, mais réorganisée et ornée de quelques fioritures. Il serait vain de vouloir citer les innombrables sources qui sont venues alimenter ce lac de lumière, au nombre desquelles figurent le soutra Lankavatara, le Dhammapada, l’Anguttara Nikaya, l’Itivuttaka, le Digga Nikaya, le Majjhima Nikaya, le Theragatha, le Vinaya Pitaka, le soutra Prajna-Paramita-Hridaya, le Samyutta Nikaya, et même le Tchuang-tseu, le Tao Teh King, la Vie de Milarepa, le Mahayana Samgraha, sans compter des centaines d’autres. Le cœur du livre est un précis embelli du puissant soutra Surangama, dont l’auteur, qui semble être le plus grand écrivain de tous les temps, est inconnu. Il vécut au Ier siècle après Jésus-Christ et, utilisant les sources de son époque, il consacra son texte à la suprême illumination divine. J’ai conçu cet ouvrage comme un manuel destiné à aider les Occidentaux à mieux comprendre la Loi ancienne. Mon but est de convertir, mon souhait premier, faire miennes ces paroles du vieux sage : «Chanter les louanges du moine divin et faire connaître ses actes du premier au dernier, sans chercher honneurs ni reconnaissance, sans désir de gloire personnelle, mais, en suivant simplement ce que disent les écritures, œuvrer pour le bien des hommes, a été mon seul but. » ASHVAGOSHA, Ier siècle après J-C.

 

Bouddha signifie l’éveillé.

Jusqu’à une date récente, la plupart des gens s’imaginaient Bouddha sous la forme d’un être obèse plutôt rococo, la bouche étirée par un sourire, assis, la panse à l’air, tel que le représentent dans le monde occidental des millions de babioles pour touristes et de statuettes de bazar. Ils ignoraient que le vrai Bouddha était un jeune et beau prince qui, un jour, à l’âge de vingt-neuf ans, se mit soudain à broyer du noir dans le palais de son père, en Inde, regardant les jeunes danseuses sans les voir, pour finir par lever les bras au ciel avec une grande détermination et gagner la forêt sur son destrier, où il coupa sa longue chevelure dorée à l’aide de son épée et élut domicile avec les saints hommes de son temps. Il mourut à quatre-vingts ans, vénérable vieillard émacié, et familier de chemins oubliés et de forêts peuplées d’éléphants. Cet homme n’était pas un gros lard hilare, mais un prophète sérieux et tragique, le Jésus-Christ de l’Inde et de presque tous les pays asiatiques.

Les adeptes de la religion dont il est le fondateur, le bouddhisme, la religion du grand réveil du rêve de l’existence, se comptent aujourd’hui par centaines de millions.