Replacer l'homme au coeur de l'attention ; chronique d'un sauvetage industriel

Nicolas Jeanson

 

à PJ, premier de cordée et grand précurseur en « désorganisation » méthodique

à JSC, mon maître en management

à VS, sans qui cette aventure tardive n’aurait jamais eu lieu

à MGB…

Avertissement : dans un but de discrétion et de respect des personnes, les noms cités dans ce récit ont été changés, sans rien retirer à l’authenticité des situations décrites. 

 

 

Prologue

« Une entreprise réussit grâce aux hommes et aux femmes qui la composent et la font gagner…

…Le développement de chaque collaborateur est un souci constant de la politique humaine qui utilise pour cela plusieurs leviers…

…Nous avons à cœur que les hommes et les femmes de l’entreprise s’y sentent bien pour donner le meilleur d’eux-mêmes. »

Ces déclarations d’intention tirées de la communication institutionnelle de Grands Groupes Français du CAC 40 sont bien séduisantes et ne choquent pas le bon sens. Mais sont-elles crédibles ? Faites pour donner du sens et susciter de l’adhésion, elles offrent à l’homme la place qu’il mérite, c’est à dire la meilleure…

À vrai dire, qui oserait proclamer le contraire ? Imagine-t-on une entreprise promettant du sang, des larmes et des boulets aux pieds de ses futurs collaborateurs ? Ce serait cocasse, mais au moins, personne ne songerait à se plaindre si ce contrat n’était pas respecté… 

Placer l’homme au cœur de l’entreprise reste une aspiration assez communément partagée chez ceux qui croient en la dignité de toute personne humaine, en raison de sa nature propre. 

Le travail ne devrait-il pas être fait pour l’homme, et non l’homme pour le travail ?…

Et pourtant, espérer envers et contre tout que « l’humain ne s’efface pas » en franchissant les portes de l’entreprise n’apparaît-il pas utopique aujourd’hui ? 

L’actualité semble en effet nous répéter qu’entre les discours généreux et la réalité, les décalages peuvent rester substantiels et parfois violents. 

En témoignent les préoccupations nouvelles concernant le stress et plus généralement l’attention portée à la santé psychique au travail. 

Quelques exemples dramatiques récents ont mis en évidence la perversité de certaines pratiques managériales, au point qu’il est permis de se demander si certaines entreprises ne sont pas dirigées par de dangereux irresponsables. Comment en effet nommer autrement ces chefs qui poussent des collaborateurs « fragiles » à sauter par les fenêtres pour fuir les nouvelles contraintes du travail…

Dans un document publié en 2009, le MEDEF lui-même reconnaissait l’importance de cette problématique : 

« Les conditions physiques de travail s’améliorent dans les entreprises. Les accidents connaissent une diminution régulière depuis de nombreuses années. 

Pourtant la plainte des salariés ne s’atténue pas. Elle exprime désormais la pression, la tension, la surcharge de travail ou des conflits non résolus qui s’enveniment… et peut conduire à terme à une véritable rupture avec l’entreprise.