Morts

Philippe Tessier

 

À ma femme Maguy pour sa patience.

À mes enfants, Alexandre et Nolwenn, pour ce qu’ils sont.

À mes parents pour leur soutien.

À mes amis pour ce qu’ils m’apportent.

 

 

Introduction


UN RÉVEIL DIFFICILE


Alors qu’il venait de mourir, Joseph se réveilla...

Dire qu’il en éprouva un certain étonnement serait un euphémisme. Il se rappelait la terrible douleur dans sa poitrine, l’immense gaillard qui s’était acharné sur lui en lui brisant trois côtes pour tenter de le ranimer et il se souvenait parfaitement bien de sa dernière pensée, qui pouvait se résumer à un « Oh ! Merde ! » retentissant. La vie n’avait pas été simple pour Joseph... Autant dire qu’il l’avait complètement ratée. Et maintenant qu’il se réveillait dans le noir complet, sans pouvoir bouger le moindre petit muscle, il commençait à se demander s’il n’avait pas non plus raté sa mort. C’était une idée particulièrement angoissante, car si la vie était limitée dans le temps, d’après ce qu’il savait, la mort ne l’était pas. Il sentit un léger sentiment de panique tenter de s’insinuer subrepticement en lui, comme un voleur dans une demeure vide... Paniquer quand on est décédé n’avait pas grand sens, aussi le sentiment de panique renonça-t-il à son entreprise, tout comme le voleur renonce à la sienne quand il se rend compte qu’il a bataillé une heure pour ouvrir la porte d’une maison témoin.

Joseph tenta de réfléchir... D’ailleurs, comment pouvait-il ne serait-ce que penser, puisque son cerveau n’était plus censé fonctionner ? Se pouvait-il en fait qu’il n’ait pas succombé mais... non, s’il était sûr d’une chose, c’était que son cœur ne battait plus. Peut-être s’était-il transformé en mort-vivant ? Voilà qui ne l’enchantait guère... Passer son temps à errer jusqu’à ce qu’un malade de la gâchette vous loge une balle dans la tête, ce n’était pas vraiment ce qu’il imaginait de plus excitant. Et puis les morts-vivants, ça n’existait pas... hein ?

Bon... il était mort et pourtant il pensait encore. Il n’allait tout de même pas passer l’éternité comme ça, juste à réfléchir dans le noir. Il y avait forcément autre chose... quelque chose qui lui échappait... peut-être allait-on venir le chercher ou peut-être était-il sur le point de se réincarner dans un bébé ou un animal quelconque venant au monde. Ce n’était pas non plus une idée des plus rassurantes. Tout recommencer à zéro ne l’intéressait pas plus que d’errer sous la forme d’un cadavre en décomposition gémissant à longueur de journée. En y réfléchissant, il fallait tout de même avouer que la perspective du paradis était pour l’heure celle qu’il aurait accueillie avec le plus de sérénité. Si seulement un ange pouvait se pointer pour l’emmener rejoindre ceux de ses amis et de sa famille qui étaient partis avant lui. Bon, il n’avait jamais eu beaucoup d’amis et sa famille passée dans l’au-delà se limitait à des grands-parents qu’il n’avait jamais connus. Enfin, tout valait mieux que de rester là à ne rien faire...