Les Américains t.2 ; les Etats-Unis de 1945 à nos jours

André Kaspi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA MATURITÉ (1945-1964)

 

 

 

 

 

 

1

 

L’après-guerre (1945-1947)

 

 

1945 : l’année de la victoire en Europe, puis en Asie. 1947 : la guerre froide est engagée, le monde divisé en deux camps. Entre ces deux dates, les Américains ont pris conscience qu’ils ne resteront plus jamais à l’écart des affaires internationales et que les problèmes de la planète s’ajoutent désormais à ceux du pays. Les États-Unis sont bien devenus une superpuissance. Et pourtant, personne n’a oublié la Grande Dépression, le temps des vaches maigres. Maintenant qu’une sorte de plein emploi s’est établi, que l’Amérique semble s’envoler vers une interminable prospérité, les Américains se demandent s’ils ne rêvent pas, si une nouvelle catastrophe ne les réveillera pas en sursaut, s’ils sont vraiment sortis de la misère. L’optimisme se teinte d’une inquiétude certaine. D’autant plus que le pilote du navire vient de changer. Truman fera-t-il aussi bien que Roosevelt ?

 

 

Un nouveau président

 

Cette succession brutale, il faut du temps à Truman pour s’en remettre. Et ses concitoyens, tout en l’élisant à la présidence en 1948, de justesse il est vrai, lui en ont fait payer le prix. La réputation de Truman a été controversée. Ce président a paru moins prestigieux que son successeur, le général Eisenhower, l’un des vainqueurs des armées allemandes, le commandant en chef des troupes alliées. L’ombre de Roosevelt d’un côté, l’image historique d’Eisenhower de l’autre, que restait-il de Truman ? Comme si le plan Marshall, le traité de l’Atlantique Nord, le rétablissement de la situation militaire en Corée ne comptaient pas ou n’étaient pas imputables au président. Comme si la reconversion d’une économie de guerre en une économie de paix, les débuts de la déségrégation raciale, le maintien, voire l’extension des acquis du New Deal ne méritaient que l’oubli. La réhabilitation de Truman fut lente et tardive. Un premier signe vint de Churchill qui, en 1952, dit au président des États-Unis : « La dernière fois que nous nous sommes assis, vous et moi, à une table de conférence, c’était à Potsdam. J’avoue qu’à cette époque j’avais très peu de considération pour vous. Je ne supportais pas que vous preniez la place de Roosevelt. Grave erreur de jugement. Depuis lors, c’est vous, plus que tout autre, qui avez sauvé la civilisation occidentale. » Il n’empêche que c’est après sa mort, survenue le 26 décembre 1972, que Truman accéda au statut de grand président. Nostalgie pour une époque où les États-Unis n’étaient pas empêtrés dans la guerre du Viêt-nam et prenaient pour le monde occidental des décisions capitales ? Admiration pour un président déterminé et honnête ? Déception provoquée par la détente et retour subit à l’esprit de la guerre froide ? Des souvenirs, des études historiques sur Truman connurent alors des succès de librairie. Le théâtre, la télévision célébrèrent la gloire du défunt. En pleine crise du Watergate, des automobilistes collèrent sur les pare-chocs de leur véhicule de véritables appels au secours : « L’Amérique a besoin de vous, Harry Truman. » Le président Carter plaça sur son bureau la célèbre devise de son prédécesseur : The buck stops here. On se mit à vendre cette devise sur les objets les plus hétéroclites. La mode fut à la trumanomanie. À cet hommage posthume, les républicains s’associèrent très volontiers, ne fût-ce que pour démontrer que les démocrates avaient oublié les leçons que l’ancien président avait données.