Le collège Lovecraft t.1 ; professeur Gargouille

Charles Gilman

 

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Matteo était entouré d’inconnus.

Il se tenait à l’entrée du collège Lovecraft et regardait défiler les élèves, à la recherche d’un visage familier. Tout le monde discutait, les plus jeunes plaisantaient, riaient et chahutaient. Mais Matteo ne reconnaissait absolument personne.

Pendant l’été, la carte scolaire de son quartier avait été modifiée. Ce qui signifiait, en clair, que tous ses anciens amis avaient été affectés au collège Franklin, au nord de la ville, tandis que lui, inexplicablement, se retrouvait à Lovecraft, au sud.

Sa mère lui avait dit qu’ils n’avaient pas voix au chapitre ; c’était une pure question de hasard.

– Mais je suis sûre que tu t’y plairas, avait-elle assuré. Des millions de dollars ont été investis dans ce collège. Il est flambant neuf. Hyper moderne. Avec une piscine, des tableaux numériques, et j’en passe… C’est une chance incroyable !

Matteo n’en était pas si sûr. Il aurait bien troqué la piscine et les tableaux contre la chance d’être avec ses amis. Il se posait des centaines de questions : Avec qui déjeunerait-il à midi ? Et s’il ne réussissait pas à ouvrir son casier ? N’y avait-il vraiment personne de son ancienne école ?

Près de l’entrée principale, un grand panneau d’affichage numérique annonçait :

 

BIENVENUE À TOUS !

RENDEZ-VOUS AU STADE

POUR LA CÉRÉMONIE D’INAUGURATION !

 

Il aurait sans doute été plus rapide de traverser l’édifice, mais Matteo n’était pas pressé. Il prit son temps et contourna les bâtiments, impressionné par la vitesse à laquelle ils avaient surgi de terre.

Six mois plus tôt, il n’y avait là que des champs à l’abandon, couverts de mauvaises herbes, de flaques de boue et de buissons pleins d’épines. À présent se dressait face à lui un bâtiment de trois étages, entouré de courts de tennis, d’un terrain de base-ball et d’une vaste pelouse verte et dense.

Lorsque Matteo arriva au stade, les gradins étaient déjà noirs de monde : élèves, professeurs, parents, journalistes – toute la ville s’était déplacée pour assister à l’inauguration. Toute la ville, sauf la mère de Matteo, infirmière, qui travaillait dans l’équipe du matin à l’hôpital de Dunwich. La plupart du temps, elle était déjà partie quand il se réveillait et elle ne participait donc que rarement aux réunions ou aux sorties scolaires. Il avait souvent regretté son absence… mais, ce matin, il était plutôt soulagé. Ça l’aurait gêné d’être accompagné par sa maman. Tous les autres étaient assis avec leurs amis.

Matteo remonta les gradins jusqu’à mi-hauteur et se faufila entre deux groupes de filles qui n’arrêtaient pas de pouffer. Il s’efforça de leur sourire.

Pas une ne lui répondit.

La cérémonie avait déjà commencé. Le maire remerciait le gouverneur, qui se leva et remercia à son tour l’association des professeurs. Les professeurs se mirent alors debout et remercièrent la fédération des parents d’élèves. Puis les parents applaudirent et remercièrent la principale du collège, Mme Slater.