La machine à remonter le temps

Moukanas, Lea

 

1. Introduction 

 

Quand le rêve et la réalité se mêlent, quand le conte rencontre le réel et que la féerie rejoint la vie, il peut naître une histoire singulière, une de ces histoires qui fascine et envoûte. 

Axel et Tania se connaissaient depuis bien longtemps. Ils étaient tout à l’opposé. Plus grande que lui comme la plupart des personnes qu’il rencontrait, elle était aussi brune que lui était blond. Extravertie, toujours souriante et joyeuse, elle adorait le théâtre et y avait fait carrière. Elle allait de représentation en représentation animée par un enthousiasme toujours grandissant. Lui, réservé et timide, paraissait légèrement indolent. Cette apparente nonchalance cachait une passion intense pour les sciences et l’astronomie. 

Ils cultivaient tous deux une amitié sincère et profonde jusqu’au jour où… 

 

 

2. Ô mort 

 

A l’intérieur du théâtre un silence absolu régnait. Tania venait d’apparaître, seule sur scène. Axel éprouvait une admiration sans bornes pour la jeune fille. Il appréciait son humour délicat, sa belle générosité ainsi que son talent immense pour le théâtre. Sagement assis sur son fauteuil pourpre, troisième rangée siège sept, il ne la perdait pas du regard, mais sentait toute l’attention du public. C’est ainsi qu’il pouvait percevoir les yeux admirateurs d’une jeune spectatrice qui rêvait de devenir un jour actrice, ceux d’une mère qui retenait le jeu de scène pour le raconter à sa fille ou ceux de l’écrivain qui souhaitait de toutes ses forces que ses textes puissent être joués avec tant de naturel et d’émotion. 

Elle déclamait, comme chaque soir, le monologue poignant qui achevait la tragédie. Il épiait ses moindres mouvements, ses gestes, ses attitudes, tout en se récitant intérieurement son texte. Il le lui avait fait répéter de si nombreuses fois ! 

« Ô mort, toi qui me hantes, je t’attends désormais. 

Eperdue, j’ai vécu, maintenant me soumets

A ta sinistre loi. Il me tarde de fuir

Ce monde sans pitié qui n’a fait que me nuire. »

Brusquement, Tania s’effondra, morte sur scène. 

Sous un tonnerre d’applaudissements, l’actrice se releva, salua gracieusement son public debout pour l’ovationner, et ramassa comme chaque soir les fleurs blanches qui jaillissaient de toutes parts. 

Axel était certainement son spectateur le plus fidèle et le plus enthousiaste. Il était présent à chaque représentation, connaissait la pièce dans ses moindres détails, et pourtant, chaque fois, trouvait le dénouement bien trop brutal. Il éprouvait alors une sensation de tristesse indéfinissable, il avait peur, essuyait une larme et repoussait au plus vite les pensées funestes qui l’envahissaient.