La horde du Contrevent

Alain Damasio

 

À la mémoire de Mamu, ma grand-mère,

Qui m’a laissé au coeur et aux poumons,

cette braise ronde de pur amour,

Que j’essaie de rallumer,

Avec mes pauvres moyens,

à chaque respiration.

 

 

Ce livre t’est dédié de plein droit, Olivier,

Il est dédié au porte-avion d’écoute et d’amitié impeccable

qui tient dans l’armature de tes épaules,

à ta générosité inexorable,

à l’intelligence de tes apports multiples

fussent-ils humains ou littéraires,

à la pertinence de tes mots quand j’ai ramé là-bas

et de tes silences quand je ne sais plus me taire,

à ta noblesse enfin, que beaucoup prennent

pour une simple probité d’âme,

mais que je sais être, moi,

le nom secret d’une forme raréfiée de courage.

 

 

« Seulement on n’est jamais sûr d’être assez fort,

puisqu’on n’a pas de système,

on n’a que des lignes et des mouvements. »

 

GILLES DELEUZE

ET FÉLIX GUATTARI,

Mille Plateaux

 

 

, , «-».

 

, , , , .

, , .

 

 

’ fuit, pur , «-fou».

 

os, stance , jusbile, jus’ vivant, ’.

, lemme lié, poussier e.

 

 

l’orgie fut vitesse, vent furtif, « vent-fou».

 

le cosmos , prit sa forme, ’ lentetable, ’ vivant, jus’ vous.

Bien à toi, homme lié, pousse vite.

 

 

l’origine fuse, le pur ourt, « entfoudre ».

Puis le cosmos , consista, jusqu’aux s tables, ’au vivat, jusqu’à vous.

Bienvenue , lent homme , ou tres des vies.

 

 

À l’origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le « vent-foudre ».

Puis le cosmos décéléra, prit consistance et forme, jusqu’aux lenteurs habitables, jusqu’au vivant, jusqu’à vous.

Bienvenue à toi, lent homme lié, poussif tresseur des vitesses.

 

 

¿’ ’

 

Nous sommes ’ don

 

de l’étoffe

 

faits de son tissé

 

de ’ vents

 

¿’ Nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les vents.

 

 

XIX

Pharéole


) À la cinquième salve, l’onde de choc fractura le fémur d’enceinte et le vent sabla cru le village à travers les jointures béantes du granit. Sous mon casque, le son atroce du roc poncé perce, mes dents vibrent – je plie contre Pietro, des aiguilles de quartz crissent sur son masque de contre. À terre, dans la ruelle qui nous couvre, deux vieillards tardifs qui clouaient un volet ont été criblés ; plus loin au carrefour, je cherche en vain la poignée de mômes qui crânaient front nu en braillant des défis que personne, pas même nous, ne peut à cette puissance, et sous cette viscosité d’air, relever. Toute la Horde est à présent plaquée contre la face ouest d’une bâtisse qui nous a paru un peu moins pitoyablement jointoyée que les autres, à attendre le ressac, la courte pause dans l’accélération, qui nous permettra de contrer dans le dédale des rues jusqu’aux fortifications, puis au-delà, si l’on sort. Si l’on se décide – finalement – à sortir. Des dômes les plus hauts, du métal tordu crie dans les accalmies, une éolienne grince, hoquette – elle repart… Se bloque. Les pales crépitent sous la grenaille. Une rafale encore – et le bruit se fond dans le rugissement saturé. À ma gauche, un chat oblong se cale, ébouriffé, dans une encoignure trop étroite pour lui, et volent les jouets cassés, des calebasses, des bancs qui raclent et des tuiles de terre cuite arrachées et jetées comme à la main à trois mètres de nous. Il n’y a plus de doute maintenant, pour personne : le furvent arrive. Il sera là dans l’heure. Il s’annonce, comme toujours, en quintet. Et il ne laissera rien debout ici, dans ce bled qui ne figurait sur aucun carnet de contre, tant son plan carré, ses ruelles axiales et son architecture en pisé auraient fait hurler une Oroshi de huit ans.