Journal de Los Angeles t.5 ; face à face

Jouhanneau, Anne-Sophie; Fontaine, Violet

 

 

 

 

 

 

Prête

 

Vendredi 25 mai

 

 

Je suis prête. Prête à me libérer de mon passé et prête à aller de l’avant. Prête à oublier les erreurs et les blessures, prête à me concentrer sur un avenir plus riche de mes expériences. Et surtout, je suis prête à laisser ma vie de lycéenne derrière moi. Adieu Albany High, mon cher lycée californien ! J’ai passé de très bons moments entre tes murs et tu as changé ma vie de mille et une façons, mais il est temps que je continue ma route. Toutes les belles choses ont une fin. Mais alors que j’ai déjà un pied en dehors, pourquoi me retiens-tu de toutes tes forces ? Si j’avais su… Oh, mais j’aurais dû savoir que ce ne serait pas si facile. Je n’allais pas m’en tirer ainsi, surtout après mon petit coup de théâtre lors du bal de fin d’année. Après avoir été l’objet de toutes les rumeurs pendant des mois, il aurait été naïf de penser que j’allais passer inaperçue le jour le plus important de l’année.

Pourtant, j’étais loin de l’avoir cherché. Si j’avais vraiment voulu que les regards se posent sur moi et que chacun de mes gestes soit épié, je n’aurais sans doute pas choisi de renoncer au titre le plus prestigieux qu’une lycéenne puisse recevoir aux États-Unis. Certes, je n’avais pas toujours vu les choses de cette façon. C’était bien moi qui avais décidé de faire campagne pour être élue reine de la prom1, consciente du fait que j’avais toutes les chances de gagner. Non mais rien que d’écrire ces lignes, je crois rêver ! Et pourtant, c’était bien vrai : j’étais soudainement devenue celle dont tout le monde parle. Un phénomène aussi récent qu’étourdissant et auquel j’avais encore du mal à m’habituer.

Quand j’étais arrivée à Albany High à la rentrée précédente, tout le monde se fichait bien de moi. Et ce n’était pas plus mal, car je m’étais appliquée à commettre toutes les bêtises possibles : tomber amoureuse du mauvais garçon, fourrer mon nez dans un mystère qui devait rester enterré, devenir l’ennemie de la fille la plus populaire du lycée et m’efforcer de ne pas voir que le grand amour était juste devant moi. Pas mal, non ? Eh oui, lorsque l’on s’appelle Violet Fontaine, que l’on a une curiosité débordante, une tendance à parler avant de réfléchir et que l’on se laisse facilement emporter par ses émotions, rien de tout cela n’est bien surprenant. Et puis il y a mon père. Sans aucune mauvaise foi – OK avec un tout petit peu de mauvaise foi – je le tiens responsable de la majorité des malheurs qui me sont arrivés. S’il n’avait pas quitté ma mère alors qu’elle était enceinte de moi et s’il n’avait pas tout fait pour que je n’apprenne jamais son identité, je n’en serais pas là. Parce que c’est entièrement sa faute si je suis venue vivre à Los Angeles. Oui, je sais, je devrais dire que c’est grâce à lui, car j’y ai vécu les meilleures années de ma vie, mais je ne vais pas non plus le remercier. Il ne faudrait pas exagérer.