Hemlock t.2 ; les arcanes de Thornhill

Peacock, Kathleen

 

Il vaut mieux contempler certaines pièces sans allumer la lumière. Indéniablement, c’était le cas pour celle-ci. Le néon de la façade l’éclairait de lueurs rouges et clignotantes, en dépit des rideaux fermés. Elles provenaient de l’enseigne lumineuse du motel, affichant les mots « chambres libres » dans la nuit sombre.

Je me suis tournée dans le lit, et le matelas a protesté dans un concert de gémissements.

– Ça va ?

La voix de Kyle était encore endormie mais son bras m’a serrée plus fort.

– C’était bien ?

Il avait déjà fait ça.

Pas moi.

J’ai pressé mes lèvres sur son épaule nue.

– C’était parfait.

Du parking, en contrebas, montaient les sons étouffés d’une bagarre. Kyle s’est raclé la gorge, comme s’il ne me croyait pas.

– Hum, hum…

J’ai esquissé un sourire.

– Bon, d’accord. Ce n’est pas l’endroit le plus romantique pour déflorer une jeune fille.

– Déflorer ?

Je me suis sentie rougir. Machinalement, j’ai haussé les épaules et ma peau a effleuré la sienne, envoyant une onde d’étincelles le long de ma colonne vertébrale.

– C’est le mot que Tess utilise. Chaque fois qu’elle essaye de parler sérieusement de sexualité avec moi, j’ai l’impression d’être dans un feuilleton des années soixante.

– Je parie qu’elle n’a jamais abordé le sujet de l’amour avec un loup-garou.

À son ton grave j’ai deviné ses craintes. Inutile de développer la question… Alors j’ai choisi l’humour.

– Non… En revanche, elle a dit que tous les adolescents sont des bêtes féroces. Bien vu, non ? Remarque, son dernier petit ami avait beau être adulte, c’était un tueur en série.

Je me suis mordu la lèvre. Quelle idiote ! Je ne voulais surtout pas gâcher cette soirée en pensant à Ben et à tout ce qui s’était passé à Hemlock.

Le silence s’est glissé entre nous comme un brouillard épais.

Kyle a été le premier à le dissiper :

– Tu n’aurais pas dû partir à ma recherche.

– Il le fallait !

Je ne me rappelais plus comment je l’avais retrouvé ni comment j’étais arrivée ici, ni même qui avait embrassé l’autre en premier, mais j’avais une certitude : le problème du choix ne s’était jamais posé.

Nous étions inséparables.

– Tu le sais bien, ai-je ajouté.

Il a hoché la tête.

– Et fuir, ça ne sert à rien.

Cette fois, il n’a eu aucune réaction.

– Kyle ?

– Oui ?

– C’était vraiment parfait.

Il a repoussé les cheveux de mon visage, et suivi de son pouce la courbe de ma joue.

– Je t’aime, Mackenzie.

J’allais lui dire que je l’aimais aussi, mais la bagarre du parking a soudain pris des proportions alarmantes. Les types hurlaient.

– Au moins, sur la banquette arrière de ta voiture, on n’aurait pas eu tout ce boucan, ai-je grommelé en me tournant vers lui pour l’embrasser.

Mais il n’était plus là.

– Kyle ?

Ma gorge était sèche comme du papier de verre, ma voix épaissie de sommeil. Quelqu’un ronflait doucement de l’autre côté de la chambre, où un corps enfoui sous des couvertures enchevêtrées s’agitait en marmonnant.