Drugstore cowboy

James Fogle

 

Introduction par Daniel Yost

En 1973, je découvrais un roman inédit de James Fogle, détenu dans un péni- tencier de l’État de Washington. Bien qu’encore au stade du premier jet, Satan’s Sandbox était une histoire forte, aux personnages plus vrais que nature et aux dialogues savoureux. J’étais pigiste à l’époque, et, après avoir entamé une correspondance avec l’auteur, je l’ai aidé à réviser son texte.

Trois ans plus tard, «Jim» m’envoyait Drugstore Cowboy. Voici ce qu’il m’écrivait alors au sujet de ce manuscrit :

 

9 janvier 1976 : « J’ai déjà le premier tiers d’un roman sur lequel je fonde de grands espoirs. S’il ne se vend pas illico, je laisse tomber, je ne m’embar- querai plus jamais dans cette galère. (Sourire.) Je ne sais pas pourquoi, Dan, mais j’ai vraiment l’impression qu’on tient là un numéro gagnant. En fait, notre seul obstacle sera sans doute mon éternel problème : j’écris sur un sujet qui n’intéresse personne. (Sourire.) Ce livre s’intitulera Drugstore Cowboy. C’est l’histoire d’un mec qui a déclaré la guerre à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une pharmacie. Il y a une bonne dose d’humour, de sacrés personnages, et pas mal de similitudes avec ma vie. Malheureusement, je crains que les gens ne se passionnent pas autant pour ces cambriolages que s’il s’agissait de banques ou de bijouteries. Car mes héros ne dévalisent que des drugstores, et ils n’arrêtent pas, pam, pam, pam. Mais ils ne s’y prennent jamais de la même manière. Ils ne parlent que de ça, ne pensent qu’à ça, ne désirent que ça – et se shooter. Je crois que je n’ai jamais rien lu d’approchant. Au pire, on pourrait en tirer un manuel pratique dont l’ordre des pharmaciens devrait rendre la lecture obligatoire à tous les propriétaires de drugstores. Ça nous ferait dans les cent mille exemplaires rien qu’avec ça. (Sourire.) »

8 février 1976 : « En fait, c’est moi quand j’étais à la rue. Attention, je ne dis pas qu’il s’agit de mon histoire... mais j’ai fait toutes ces conneries, et la plupart des scènes sont inspirées de ce que j’ai vécu. Lorsque je décris les policiers et les consommateurs de stupéfiants, il n’y a pas d’un côté les méchants et de l’autre les gentils. Il n’y a que des individus. Bien sûr, j’éprouve sans doute une certaine empathie pour l’usager. Je fais même de la pub pour le traitement à la méthadone. (Sourire.) Mais tout est écrit du point de vue des personnages.

« Dan, regarde ce manuscrit, lis-le, étudie-le, et si tu estimes qu’il ne nécessite pas de grosses modifications, nettoie-le et envoie-le, on partagera moitié-moitié. Si tu ne le trouves pas aussi bon que moi et que tu n’as pas de temps à perdre en ce moment, je tâcherai de le réviser. C’est comme tu veux. Ça me gêne de te déranger avec mes bêtises si ça ne paie pas au bout du compte. »

13 février 1976 : « Je crois que ce bouquin me botte vraiment. Il n’est pas très long, et en le lisant un peu vite, on pourrait penser qu’il est superficiel. Pourtant, il fait la part belle au vécu, à l’humour, à la tragédie, et il dresse un portrait assez juste des “drugstore cowboys” et de leur mode de vie. On n’entend pas beaucoup parler d’eux, mais tu peux me faire confiance, Dan, ils sont partout. Demande à ton pharmacien. (Sourire.) Quoi qu’il en soit, plus je le relis et le retouche, plus il me plaît. Bien sûr, j’ai l’impression de voir toute l’histoire se dérouler devant moi, car j’ai fait presque tout ce qui est raconté. Mais tout le monde n’aura pas nécessairement la même percep- tion. J’ai donc hâte de connaître ton avis. Je suis conscient que d’une scène à l’autre, le style change parfois. C’est volontaire. Ne me demande pas pour- quoi, j’ai écouté mon instinct. Ma foi, on verra ce que tu en penses. »