Dragon park t.1 ; l'académie Saint-Hydre

Thomas Verdois ; Loic Locatelli

 

Dieu dans sa pitié a fait l’homme beau et attirant,

d’après sa propre image.

Mais ma forme n’est qu’une caricature de la tienne et

rendue plus répugnante encore

parce qu’elle lui ressemble.

Satan, lui, avait des comparses,

des diables pour l’admirer et l’encourager.

Mais moi, je suis seul et haï.

Voilà à quoi je songeais

dans ma solitude et mon désespoir.

 

Mary Shelley

(Frankenstein ou le Prométhée moderne)

 

 

Je suis allé plus loin que vous ne pensez,

et j’ai fait une promesse au démon

avec mon propre sang.

 

Dr Faust

 

PREMIÈRE PARTIE

 

 

CHAPITRE 1


« Ton cœur doit battre à l’unisson avec celui de ton dragon. »

Adjaf Oldson

 

Plus tard, quand Louison Belrêve repenserait à cette journée, elle oublierait qu’elle avait débuté par la grande fête de Dragon Park.

Les catastrophes font toujours cet effet-là. Ce qui les a précédées paraît, après coup, dérisoire.

Pourtant, en cette fin de journée, quelques minutes avant son épreuve, rien n’était plus important pour Louison que de réussir son plongeon depuis la plateforme. À cent vingt mètres au-dessus du sol.

Cent vingt-trois mètres exactement si on ajoutait la hauteur de son dragon au garrot.

Les yeux perdus sur l’horizon, elle fixait les attractions de Dragon Park, qui s’étendaient à perte de vue. Et avait l’impression d’être sur un grand huit. Les dragons et les montagnes russes avaient d’ailleurs beaucoup en commun. La hauteur. La vitesse. Les cris. Se retrouver la tête en bas. Et sentir affluer l’adrénaline.

Tout en prenant une lente inspiration, elle caressa du bout des doigts la crinière caramel de Nephryte. Comme tous les Sylvérites, il ressemblait à un renard géant auquel on aurait greffé des ailes. Deux énormes défenses de sanglier dépassaient de sa gueule.

Louison ferma les yeux et s’efforça de faire abstraction de la foule entassée dans les gradins en contrebas.

L’arène principale de Dragon Park était pleine à craquer. Des visiteurs du monde entier étaient venus assister au grand tournoi des dragonnautes qui marquait le point d’orgue de cette journée de liesse : le dixième anniversaire de Dragon Park.

Dans le ciel bleu étincelant, un ballon gonflé en forme de dragon rose s’envola, probablement échappé d’une petite main d’enfant. Louison ouvrit les yeux à temps pour le voir dériver devant elle. Et sourit.

Quand elle baissa la tête pour rajuster la bride de son casque, elle réalisa que tous les yeux étaient rivés sur la plateforme d’où elle s’apprêtait à s’élancer. Les dragons, considérés comme un miracle de la science, fascinaient tous les êtres humains.

Il était temps de leur montrer qu’ils avaient raison.

La jeune dragonnaute passa la main dans sa combinaison et serra entre le pouce et l’index la dent de dragon accrochée à son collier. Comme avant chaque vol, elle lut l’étrange inscription qui figurait sur cette pointe incurvée :

HEADENVAL.

– Il ne s’agit pas d’une simple dent, mais de la clé du royaume des dragons, lui avait dit son père quand il la lui avait offerte, quelques jours seulement avant de disparaître.