Devenir Céline ; lettres inédites de Louis Destouches et de quelques autres ; 1912-1929

Louis-Ferdinand Céline

 

 

 

 

 

 

Lettres

 

1912-1919

 

 

 

 

LE CAPITAINE SCHNEIDER

À FERNAND DESTOUCHES

 

Rambouillet, le 22 nov. 1912

 

Cher Monsieur,

Il ne faut pas que votre fils se décourage, il a tout pour bien faire et il doit réussir, en dominant par la volonté la dépression qu’il subit en ce moment.

Nous avons eu pour lui, depuis son arrivée à l’Escadron, toute la patience possible, tenant compte de son peu d’aptitude au cheval et de son peu d’entraînement physique. Mais je crois qu’au Cours des Élèves Brigadiers qu’il suit en ce moment ces ménagements n’ont pu lui être continués. J’ai pourtant attiré sur lui, tout dernièrement encore, la bienveillante attention de l’officier qui en est chargé, — mais il échappe, pour ce qui est de ce Cours, à ma direction. Je viens de lui faire donner un cheval plus facile, pour qu’il ait moins de fatigue et d’appréhension, et je sais que son officier de Peloton lui a un peu remonté le moral qui en avait besoin.

Vous voyez qu’il n’est pas abandonné,  mais il ne faut pas qu’il s’abandonne lui-même, et il y a des choses faciles, de soin, où il pourrait mieux faire. Je le lui ai dit et j’espère qu’il en tiendra compte. Il est intelligent, bien élevé, instruit, il faut qu’il me fasse un Brigadier et un sous-officier ensuite. Je me rends très bien compte du changement complet de son existence et de la fatigue physique et morale qu’il peut en éprouver, — mais il faut persévérer. Je le considère comme un très bon sujet et suis heureux de l’avoir sous mes ordres, et s’il a besoin de conseils, il peut venir me trouver en toute franchise. Mais je suis d’avis qu’il doit continuer à suivre le cours des Élèves Brigadiers et s’y faire remarquer en B I E N , même si la question « cheval » reste son point faible, ce qui n’est pas dit, car un beau jour ça ira.

Je l’envoie en permission de 24 h, malgré l’avis défavorable de l’officier du Cours, pensant que cette faveur lui fera du bien, et s’il tient bon jusqu’à Noël, je lui donnerai tout ce qui sera possible à ce moment.

Dites bien, je vous prie, tout cela à votre fils en y ajoutant vos bons conseils, et j’espère que d’ici peu il aura repris courage.

Son échec au Brevet d’aptitude m[ilitair]e n’a aucune importance, si ce n’est qu’il dénote sa faiblesse en Équitation. Tout cela s’arrangera, — et s’il en était autrement, pour vous éviter tout dérangement, je vous écrirais ou passerais vous en parler.

Veuillez croire, Cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs, — et à tout l’intérêt que très sincèrement je porte à votre fils.

Schneider

Capne Cdt au 12e Cuirassiers

 

 

 

 

LE GÉNÉRAL ROSSIGNOL

À FERNAND DESTOUCHES

 

Saint Germain en Laye, le 28 nov. 1912

 

Monsieur

J’ai reçu hier, seulement, les renseignements que j’avais demandés à Rambouillet au sujet de votre fils et je m’apprêtais à vous les transmettre, ce matin, quand j’ai reçu la visite de Madame Destouches.