Destins tragiques du rock

Caroline Pastorelli

 

Jim Morrison,

le poète maudit

« Il y a le connu. Il y a l'inconnu.

Et entre les deux, il y a la porte,

et c'est ça que je veux être. »

(Jim Morrison, The Doors)

 

 

« This is the end ». 

Le 3 Juillet 1971, la voix des Doors

s’éteint, mettant fin au groupe mythique des sixties. 

L’ange brun rejoint l’autel des sacrifiés du “Summer of Love”. 

Deux ans jour pour jour après Brian Jones (un même 3 juillet),

quelques mois après Jimi Hendrix et Janis Joplin.

 

Personne, avant Jim Morrison, n’avait incarné la figure du rock avec autant de facettes. Arrogant, subversif, sauvage, impulsif, à la fois irrésistible et insupportable, agitateur, provocateur, rageur, sexy, cynique, rebelle, charismatique, insoumis et habité ! On lui trouvait tout cela à la fois. C’est dire combien Morrison fascinait…

 

Car c’est bien la personnalité borderline du chanteur Jim Morrison qui a donné au groupe cette dimension à la fois poétique, expérimentale, violente, et désespérément torturée.

Les Doors, à travers Morrison, incarnent la subversion rock à l’état pur. Leur musique sous acide a marqué pour toujours l’histoire du rock, avec des textes et des musiques à la fois sombres, intenses et profonds. Six ans de carrière fulgurante. Six albums. Une carrière courte, mais brûlante pour ce groupe de rock qui, à la différence des Beatles et des Stones, est un groupe engagé… Son chanteur parle, comme aucun rockeur avant lui, de chaos, de nihilisme, de Rimbaud, Nietzsche et Céline... Même s’il milite contre la guerre du Vietnam, il est un révolutionnaire : « Come on baby, light my fire », annonce la couleur : « Viens bébé, allume mon feu / Viens bébé, mets le feu à la nuit. » Il ne s’agit pas de fleurs dans les cheveux ni de “peace and love”. Et encore moins de trois jours de paix de Woodstock.Il s’agit de changer le monde. D’ouvrir les portes de la perception (« the doors of perception »). « Je suis le roi Lézard, je peux tout faire. » D’inventer une nouvelle religion. Pas celle des hippies dont il se sent étranger et qu’il méprise littéralement.

Trop futile, trop naïve, trop peu sérieuse. Les Doors sont davantage proches des icônes trash du Velvet Underground qui gravitent autour d’Andy Warhol, Lou Reed, John Cale, Nico et même David Bowie (dans sa période squelettique poivrons et lait) que des hippies et de leurs fleurs niaises. Leur truc : bousculer, énerver, provoquer et faire sauter les barrières : « Peux-tu imaginer ce que nous deviendrons sans limite, sans entrave ? »

Première grande originalité, Morrison est certainement l’un des chanteurs les plus cultivés de l’histoire du rock. Il s’est construit à partir de livres, qu’il dévore. Et d’auteurs qu’il dissèque. Pêle-mêle, Alexandre le Grand, William Blake, Arthur Rimbaud, Friedrich Nietzsche, Franz Kafka, James Joyce, Plutarque... autant d’auteurs pointus pour l’Amérique d’alors. Des auteurs qui semblent l’encourager à rejeter les idées traditionnelles et à aller vers les extrêmes.