Réfugiés

Alan Gratz

 

JOSEF


BERLIN, ALLEMAGNE, 1938


CRAC ! BOUM !

Josef Landau se redressa dans son lit, le cœur battant. On aurait dit que quelqu’un venait d’enfoncer la porte. Ou avait-il rêvé ?

Dans le noir, il tendit l’oreille. Les bruits de ce petit appartement, où il avait été contraint d’emménager avec sa famille, ne lui étaient pas familiers. Depuis que les nazis avaient interdit à son père d’exercer son métier parce qu’il était juif, les Landau n’avaient plus les moyens de conserver leur ancien logement.

De l’autre côté de la chambre, Ruth, la petite sœur de Josef, dormait encore. Josef essaya de se calmer. Ce n’était peut-être qu’un cauchemar.

Soudain, il perçut à l’extérieur de la chambre un grondement, suivi d’un bruit. Il y avait quelqu’un dans l’appartement !

Josef se rallongea, les yeux grands ouverts. Dans la pièce voisine, un bruit de verre brisé retentit. Réveillée en sursaut, Ruth poussa un cri de terreur. Elle n’avait que six ans.

– Mama ! hurla Josef. Papa !

Des ombres surgirent dans la chambre. Josef se recroquevilla au fond de son lit, mais des mains noires l’agrippèrent. Il hurla plus fort encore que sa petite sœur, couvrant sa voix. Pris de panique, il s’agita et se débattit, mais l’une des ombres lui saisit la cheville. Josep se cramponna aux draps, en vain : les mains étaient trop fortes. Il avait si peur qu’il sentit un liquide tiède couler le long de ses jambes.

– Non ! Non !

Une ombre le jeta à terre, tandis qu’une autre tirait Ruth par les cheveux et la giflait.

– Tais-toi ! cria quelqu’un en forçant la fillette à s’asseoir à côté de Josef.

Sous le choc, elle se tut un instant, puis se remit à pleurer de plus belle.

Josef l’enveloppa de ses bras protecteurs.

– Chut, Ruthie, supplia-t-il. Tais-toi, maintenant.

Recroquevillés par terre, ils virent les ombres soulever le lit de Ruth et le jeter contre le mur. Il se brisa en mille morceaux. Ensuite, elles arrachèrent les affiches des murs, les tiroirs des bureaux, et envoyèrent valser des vêtements à travers la chambre. Elles cassèrent lampes et ampoules tandis que Josef et Ruth, terrifiés et le visage baigné de larmes, s’agrippaient l’un à l’autre.

De nouveau, elles s’emparèrent d’eux et les traînèrent jusqu’au salon. De nouveau, elles les plaquèrent au sol et allumèrent le plafonnier. Plissant les yeux, Josef distingua sept étrangers. Certains portaient des vêtements de ville : chemise blanche, pantalon gris, casquette en laine marron, chaussures en cuir, mais la plupart arboraient la chemise brune et le brassard rouge à croix gammée des sections d’assaut (SA) hitlériennes.

Les parents de Josef et de Ruth étaient là aussi, allongés par terre, aux pieds des miliciens.

– Josef ! Ruth ! cria leur mère en les voyant.

Elle s’élança vers eux, mais l’un des nazis agrippa sa chemise de nuit.

Un autre se tourna vers le père de Josef.

– Aaron Landau, vous avez continué à travailler comme avocat malgré la loi sur la restauration de la fonction publique de 1933 interdisant aux Juifs d’exercer le droit. Nous vous plaçons donc en détention préventive pour crime contre le peuple allemand.