Quand le paranormal manipule la science ; comment retrouver l'esprit critique ?

Larrivee, Serge

 



 

 

 

INTRODUCTION

 

 

 

Aucun champ de connaissance n’est à l’abri des pseudoscientifiques. Les sciences humaines et sociales constituent cependant un terreau particulièrement fertile pour les charlatans de tout acabit. Plusieurs des exemples présentés dans cet ouvrage s’arriment par conséquent au domaine de la psychologie.

L’ouvrage comprend six chapitres. Au cours du premier chapitre, je tenterai de répondre à deux questions : qu’est-ce que la science et que sont les pseudosciences ? Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas des deux côtés d’une même médaille comme le supposent ceux qui relient l’astronomie et l’astrologie. Le seul point commun entre ces deux approches réside dans leurs quatre premières lettres lesquelles recoupent également au Québec une marque de yaourt : Astro. Soyons clairs, science et pseudosciences ne sont pas les deux côtés de la même médaille. Nous sommes nettement en présence de deux médailles bien distinctes.

Le deuxième chapitre sera consacré à présenter l’état des lieux quant à la croyance aux phénomènes paranormaux en France, au Canada et aux États-Unis. Au cours de ce chapitre, je tenterai de dresser le portrait de la nature des croyances aux phénomènes paranormaux ainsi que le portrait de ceux qui y adhèrent. Cette présentation nous conduira, avec les troisième et quatrième chapitres, aux raisons qui font que les phénomènes paranormaux et les pseudosciences dans leur ensemble fascinent les humains. J’insisterai alors sur les facteurs historiques, d’autres reliés à la nature humaine et enfin sur des facteurs reliés au climat socioculturel et à l’éducation. Pour faire en quelque sorte écho au premier chapitre, je présenterai dans le cinquième vingt-six arguments auxquels recourent les tenants des pseudosciences pour justifier leur approche. Dans le sixième chapitre, je montrerai qu’entre une ouverture béante de l’esprit et un excès de scepticisme, il y a de la place pour le doute raisonnable. J’insisterai alors sur le rôle des journalistes et des médias, de l’école et des parents.

Je m’intéresse au paranormal et aux pseudosciences depuis la fin des années 1990 et ai commis quelques publications sur le sujet. Pour écrire cet ouvrage, je m’en suis inspiré lorsque cela m’apparaissait pertinent. Les voici de la plus ancienne à la plus récente : Larivée (1997, 1999, 2001a, 2001b, 2002a, 2002b) ; Larivée et Van Gijseghem (2003) ; Larivée (2004a, 2004b, 2009) ; Larivée, Fortier et Filiatrault (2009) ; Larivée (2011) ; Larivée et Sénéchal (2011) ; Larivée et Coulombe (2013) ; Larivée, Sénéchal et Gagné (2013) ; Larivée, Sénéchal, Miranda et Vaugon (2013).

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE 1

 

L’idéal scientifique :
distinguons science
et pseudosciences

 

 

 

S’entourer du manteau de la science exige qu’on en respecte les règles du jeu, ce que refusent de faire les défenseurs des pseudosciences. Dans ce chapitre, je présenterai d’abord trois éléments fondamentaux qui octroient à une approche un caractère scientifique : les normes de Merton et les mécanismes de régulation qui y sont rattachés, la notion de paradigme proposée par Kuhn et le critère de réfutabilité de Popper.