Des Anglais dans la résistance ; le SOE en France, 1940-1944

Michael Richard Daniell Foot

 

 

 

 

 

 

 

AVANT-PROPOS

 

 

La fin d’un scandale ? Il peut paraître outré d’employer de tels mots à propos de ce livre. Et pourtant ! La parution en français du SOE in France de Michael Foot n’est possible aujourd’hui que grâce à la levée d’une mise à l’index imposée durant quarante ans par un gouvernement étranger et ami. Ni l’histoire diplomatique, ni l’histoire littéraire n’offrent rien de comparable. SOE in France, rédigé à Londres sur commande gouvernementale avec l’assentiment du Premier ministre de l’époque et édité en 1966, puis réédité en 1967 par l’Imprimerie royale britannique (HMSO) dans la collection officielle d’histoire de la Grande-Bretagne en guerre, a été interdit de publication en français pendant près d’un demi-siècle par décision du Foreign Office. Un grand éditeur parisien l’avait fait traduire : le veto de Londres bloqua l’entreprise.

On peut penser que le Secrétaire d’État de Sa Majesté craignit de susciter des protestations d’anciens résistants et la colère du général de Gaulle, alors au sommet de sa carrière, en laissant publier en France une relation made in Britain et sous timbre officiel de l’action clandestine britannique dans notre pays durant la dernière guerre. Une critique acidulée de l’ouvrage avait paru dans le Figaro Littéraire du 16 juin 1966 sous la signature de l’ancien chef des services secrets de la France Libre André Dewavrin, alias colonel Passy. Son titre abusivement provocateur : « M.R.D. Foot, n’attaquez pas injustement la France Libre ! », les multiples interventions de son auteur, peut-être une discrète pression de notre ambassade (mais rien ne le confirme), ont pu renforcer les diplomates britanniques dans leur prudence. Il a fallu attendre 2004 pour qu’une nouvelle édition de SOE in France, publiée en Grande-Bretagne et aux États-Unis, incite les responsables de plusieurs hautes institutions françaises à demander la levée du veto, puis à s’accorder, la première traduction s’étant perdue, pour en financer une nouvelle et tirer de sa quasi-clandestinité un ouvrage qui reste une des premières sources de notre histoire clandestine.

C’est dire que l’importance de SOE in France n’a été connue, depuis sa parution, que dans un étroit cénacle. Arthur Calmette, ancien résistant et historien remarqué de l’un des grands mouvements de résistance, l’OCM, salua en 1967 dans la Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale « une œuvre maîtresse, […] importante par son volume, sa densité, le sérieux de sa documentation, l’effort d’objectivité de l’auteur, […] la première tentative pour présenter une vue d’ensemble de l’œuvre des services secrets britanniques en France ». Et de conclure que, en dépit de quelques critiques et lacunes, « aucun historien de la Résistance française ne [pourrait] désormais écrire sans avoir recours à cet ouvrage ».

Son auteur, Michael Foot, est en effet un pionnier de l’histoire des services secrets ; son autorité et sa probité intellectuelle sont unanimement reconnues ; il est un francophile avéré. Il a participé à la Seconde Guerre mondiale, en particulier dans ses dernières phases, en qualité d’officier de renseignement de la brigade du Special Air Service (SAS), l’unité de parachutistes chargée d’opérer sur les arrières ennemis. Rescapé lui-même d’un parachutage qui lui valut d’être fait prisonnier par les Allemands, il a eu par la suite une carrière universitaire brillante, d’abord enseignant à Oxford, puis titulaire de la chaire d’Histoire moderne à l’Université de Manchester. Bien que SOE in France ait été rédigé dans le cadre d’une mission officielle et que son texte ait été discuté avec les principaux chefs du service, puis ait bénéficié d’une sorte de nihil obstat de la part des autorités publiques, Foot peut à juste titre se flatter d’avoir écrit « non en fonctionnaire…, mais en historien » qui veut simplement expliquer les événements.