Chair de poule ; le roman du film

Stine, R. L.

 

11

« Hannah a besoin de moi », me suis-­je rappelé pour me donner du courage.

J’ai allumé la lampe-­torche et suis descendu dans la cave, en tâchant de ne pas penser à ce qui pourrait m’attendre dans cette totale obscurité.

L’air sentait la poussière, et le rayon de la torche s’accrochait aux toiles d’araignée, dont je voyais parfois l’arachnide s’enfuir.

« Ce n’est pas très différent du métro, me rassurais-­je. Être sous terre, ça n’a rien d’extraordinaire. Je n’ai pas à m’en faire… »

– Hiiiiiiii !

J’ai hurlé : une chose noire venait de frôler ma tête avec un cri strident.

Le cœur battant, j’ai levé le faisceau lumineux vers la créature, et j’ai poussé un soupir de soulagement. Ce n’était qu’un oiseau, et même pas un vrai.

Un coucou en bois. Il était sorti d’une horloge et retournait dans son nid de rouages.

J’ai inspiré profondément, jusqu’à ce que mon cœur cesse de taper contre ma poitrine. Puis j’ai balayé la salle avec le rayon de ma torche.

– Oh !

Je me suis figé sur place, un pied en l’air. Le sol était couvert d’énormes pièges, aux mâchoires ouvertes garnies de dents plus larges que ma main. Ils n’étaient pas conçus pour attraper des souris ou des rats. C’était bel et bien des pièges à ours.

Quel genre de malade mental installe des pièges à ours dans sa cave ?

Dans quel pétrin m’étais-je fourré ?

J’envisageais sérieusement de faire demi-­tour quand une main s’est posée sur mon épaule. Je me suis retourné en étouffant un cri.

C’était Champ, qui me souriait dans l’ombre.

– Ça va, mec ?

Pas question de lui montrer à quel point j’étais heureux de le voir !

– C’est toi ! À quoi tu joues ? Tu devais faire le guet.

– Et c’est le cas, je te signale. Je monte la garde à fond, là…

– Par définition, le guet se fait à l’extérieur, ai-­je riposté. Pour surveiller.

Ce type de chamaillerie me donnait une bonne excuse pour parler avec rudesse.

Champ, lui, n’avait visiblement pas besoin d’excuse.

– Laisse-­moi t’expliquer une chose, Zacharie ! On dit que les ados n’ont pas peur de mourir, ni de se faire mal. Eh bien, pas moi, d’accord ?

Il en avait presque l’air fier.

– Je suis venu au monde avec le gène de la peur, a-­t-il repris. Je me souviens qu’à quatre ans, j’étais sur une balançoire et j’ai bien cru que c’était la fin.

Ça expliquait beaucoup de choses.

– Tu ne vas pas mourir, lui ai-­je assuré. Pas aujourd’hui.

– C’est vrai, je deviens fou.

Il a alors remarqué les mâchoires de métal éparpillées sur le sol.

– Oh ! Des pièges à ours ! Dans un sous-sol ! Tu as vu ça ? Non, mais franchement !

À cet instant, un bruit a retenti au-­dessus de nos têtes. Il y avait quelqu’un en haut.

– On bouge ! ai-­je soufflé.

J’avais déjà grimpé la moitié de l’escalier vers le rez-­de-­chaussée quand je me suis aperçu que Champ filait dans la direction opposée.

– Je ressors, m’a-­t-il lancé. Je retourne dehors, loin des pièges à ours.