Calendar Girl ; Février

Carlan, Audrey

 

CHAPITRE PREMIER

 

La grille rouillée de l’ascenseur résonne d’un bruit métallique lorsque le chauffeur la ferme. Il ne m’a pas adressé la parole depuis qu’il m’a demandé si j’étais Mia, lorsque je suis arrivée à l’aéroport de Seattle. Il tenait une pancarte avec mon nom dessus. Tante Millie m’avait dit de m’attendre à ce qu’un bûcheron me conduise à mon prochain client, et elle ne s’est pas trompée, car ce type est énorme. Il ne mesure que quelques centimètres de plus que moi, mais il compense sa petite taille par sa largeur. Il me fait penser à un de ces bodybuilders qu’on voit tirer des camions à la télé.

L’ascenseur monte au dixième étage et s’arrête dans un crissement de métal rouillé, me projetant contre le torse de l’ogre qui m’accompagne. Il ne semble pourtant pas le remarquer. Il se contente de grogner, puis il me guide dans un loft au sol en béton et dont le plafond, dix mètres plus haut, est recouvert de tuyaux. Il y a des gens partout, la moitié sont nus.

Mon Dieu, dans quoi me suis-je embarquée ?

Des cliquetis d’appareils photo retentissent partout tandis que des chariots pleins de projecteurs sont poussés d’un côté à l’autre de la pièce par des hommes en noir. Le bûcheron pose mon bagage au pied d’un mur et pointe du doigt un homme accroupi, visage collé à un appareil photo.

– Monsieur Dubois, grommelle-t-il avant de tourner les talons et de remonter dans l’ascenseur.

Je ne sais pas quoi faire. Est-ce que je dois m’asseoir quelque part et attendre que quelqu’un vienne à moi – en priant pour que ce ne soit pas un des hommes à poil – ou est-ce que je dois aller déranger l’artiste ?

Plutôt que d’attendre, je décide de faire un tour de la pièce. Sur le mur de droite, de vieilles fenêtres rétro, qui s’ouvrent à l’aide d’une manivelle, éclairent le loft. Des femmes nues ou seins à l’air passent devant moi et me reluquent avant de prendre place devant de grandes toiles blanches. Elles prennent une pose, que les assistants en noir corrigent – en bougeant leur coude ou leur index d’à peine trois millimètres sur la gauche ou sur la droite – avant de prendre la photo. Puis ils recommencent – l’index bouge de deux millimètres dans l’autre sens – et ils prennent un autre cliché. C’est bizarre.

Dans un autre coin de la pièce, un couple nu est allongé sur une gigantesque toile blanche. Un assistant grimpe en haut d’une échelle menant à une plate-forme située au-dessus du couple, sur lequel il verse méthodiquement le contenu d’un seau de peinture bleue.

– Ne bougez pas ! hurle-t-il. Sinon il faudra que je recommence, et Monsieur Dubois ne sera pas content !

Le couple ne bouge pas d’un iota. La femme tient le visage de l’homme comme si elle s’apprêtait à l’embrasser. Le modèle la serre contre lui, une main sur sa fesse, ramenant sa jambe sur sa hanche, l’autre main sur sa nuque, tandis que des gouttes de peinture bleue dégoulinent sur leur corps et tachent la toile.