Asylum

Emilie Autumn

 

Note d’hôpital no 1:

surveillance du suicide

 


* * *

 

 

Le chien m’a trouvée en premier. Je l’ai entendu couiner à l’extérieur de ma salle de bains, mais le son paraissait très lointain. Je n’étais déjà plus là.

J’étais étendue dans une prairie, dont l’herbe était assez haute pour me cacher des éventuels curieux. La végétation dansait autour de moi, mais il n’y avait pas un bruit ; je pouvais sentir la douce lumière du soleil filtrée par les arbres me couvrir. Je voulais dormir pour toujours.

Je ne ressentais aucune peur, aucune appréhension ; au contraire, je me sentais soulagée. Soulagée d’avoir fait le bon choix et de m’y être tenue. Maintenant, il n’y avait plus qu’à attendre ainsi, allongée à jamais. Tous ces hauts et ces bas… Mes manies, mes moments dépressifs, mes questions existentielles, tout allait enfin disparaître. Je n’avais aucun regret. J’étais en paix et je n’avais jamais connu cette sensation jusqu’alors.

J’étais en paix… En paix… En paix…

J’ai brusquement senti des bras soulever mon corps. Des voix me criaient dans les oreilles et on me secouait violemment en me déversant du peroxyde d’hydrogène dans la gorge. La douce lumière du soleil et les hautes herbes avaient maintenant disparu. Un sol crasseux avait pris sa place. Je n’avais qu’une seule envie : me rendormir.

 

Me voici en salle d’urgence en train de faire la queue, avec la sensation d’être un escroc. Je ne saignais pas, je pouvais marcher, j’étais ici contre ma volonté. Je ne serais jamais venu ici de mon plein gré si on ne m’avait pas menacée d’arrêter immédiatement la prescription de mes médicaments. Mais, tout comme une rupture ne se fait jamais par téléphone, il en est de même quand il s’agit d’informer quelqu’un qu’il doit faire un séjour en asile psychiatrique.

Voilà, j’en étais là dans ma vie.

 

Le psy : Je ne peux pas vous voir avant que vous ne passiez un examen en hôpital psychiatrique.

Moi : Moi ? Mais pourquoi ?

Le psy : À partir du moment où vous me dites que vous avez essayé de vous suicider, je n’ai pas d’autres choix que de vous placer sous surveillance durant au moins soixante-douze heures.

Moi : Sous surveillance ? Mais par qui ? Je n’ai pas besoin qu’on me surveille. J’ai juste besoin de mes médicaments.

Le psy : Alors vous feriez mieux de vous rendre à l’hôpital dès aujourd’hui. Il m’est légalement impossible de renouveler vos prescriptions après ce que vous avez fait.

Moi : Attendez une seconde… vous m’avez demandé comment j’allais et je vous ai répondu. Je vous ai répondu car je pensais pouvoir être honnête avec vous. Je pensais que vous étiez la seule personne avec qui je pouvais être honnête sans craindre quoi que ce soit. Mais il semblerait que vous êtes vraiment la seule personne à qui j’aurais dû mentir.

Le psy : Emilie, vous êtes une jeune fille extrêmement intelligente et talentueuse, mais vous êtes aussi très malade, et ce qu’il vous faut pour le moment, c’est un endroit où l’on prend soin de vous.